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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 14:18

Le jour 33 est celui où vous aurez besoin de lunettes, car il va y avoir de la lecture.

Mais avant toute chose, en hommage (pas posthume) à l'un de nos petits-abonnés-gentils dont le pseudo commence par K et finit par Liom nous allons donner la suite des noms des personnages en lice au dernier vote.
La seconde finaliste donc, après Feor, était une fille. Qui pour rappel, avait cette bouille...


  

Outre de grands nyeux gris, elle est aussi dotée d'un nom à patronyme, petite veinarde, à savoir : Reghia de Tilh.  Aaaah, la belle et grande bourgeoisie LDTienne!   (et euh, pour info, ça se prononce ré-gui-a  ^o^ )


Bien. A présent, en réponse à une gentille recrudescence mailesque ou forumesque vis à vis du contenu même de ce bougre de livre, notre Nalex national a pensé que ce pourrait être sympathique d'en offrir une bribe, là, comme ça, sur le blog. Après une concertation autour d'une trrrrrrrèèèèèsssss longue table avec nos chers protagonistes (ils ont leur mot à dire, et croyez-moi, avec les têtes de bois en présence ce fut houleux. On a dû en menacer certains à coup de blanco O_O'), décision fut donc prise de publier non pas une phrase, non pas un paragraphe, mais bel et bien le Prologue dans son entier.
Si avec ça on ne récolte pas quelques bisous, je veux bien me faire bénédictine!!

Note : les changements de police sont conformes à la présentation du livre. 




                                                           L'enfant merehdian


                                                              
PROLOGUE

                                                               
La Berceuse


      
«C’est un jour attendu depuis si longtemps. Mille éternités à craindre qu’il ne vienne jamais. De ces jours, quand, où que les regards se posent, le bonheur qu’ils rencontrent est sans limites. Un jour tel que l’horizon n’est plus assez vaste, ni les coeurs assez grands. L’air limpide n’est plus que musiques et échos d’allégresse.
     Je ne connais pas tout cela, cette fête, cette légèreté d’âme. Je vois ces visages : chacun me renvoie un sourire qui me glace le coeur. Je le sens, d’ailleurs, sous ma main, au fond de ma poitrine, il me fait déjà bien souffrir.
     Insidieuse malédiction, amenée sur moi par son plus angélique messager ! Est-ce cela ? Chantons-nous pour cela ? Dansons-nous pour cela, buvons-nous à cela ? Quel irrationnel ordre des choses offre si généreuse rétribution pour l’iniquité de nos actes?
     Je regarde ma main gantée de noir, d’un noir aussi profond que celui des nuages que je sens s’amonceler dans les cieux de mes lendemains. C’est bien ma main qui les a amenés, c’est bien ce que j’ai si ardemment désiré. Car je suis par toute ma foi l’instigateur de cette joie. Je l’ai défendue avec toute la rage de mes certitudes. Chaque instant, je n’ai pensé qu’à elles, mes précieuses certitudes. Je les ai placées au-dessus de tout pour qu’enfin, elles me hissent – nous hissent – vers l’espoir d’un jour comme celui-ci.
     Je regarde ma main gantée de noir et m’abîme dans ses profondeurs.
     Je bois à ma détresse. »

 

*


     Nous avons perdu le compte des jours aux alentours du trentième, peut-être. Je ne sais plus exactement, ma pauvre tête me fait défaut. Le matin, le soir, le froid, l’étouffant, tout se confond ici, tout se mêle en un seul et même voile opaque, impénétrable et oppressif. Et puis, il s’est incarné, ce voile. Pas en être de chair et de sang, non. Pourtant, je le sens qui m’enserre et m’accable. J’essaie de convaincre mon esprit que la fatigue, la faim et, je n’ose l’avouer qu’à moi-même, la peur, sont responsables de ces sensations. Celui que j’étais avant de partir aurait assimilé cela avec autrement plus de lucidité, je crois… Mais maintenant… Maintenant…

     Oh, nous sommes tous vivants, tous les quatre. À peine trois jours après avoir quitté le village - nous avions encore cette notion alors -  nous avons décidé de nouer nos poignets à une même corde. Nous avons dit que cela nous éviterait de nous perdre de vue, mais je crois que nous pressentions déjà l’écueil dans lequel nous avancions à tâtons.

     Pourtant nous nous sentions prêts. Avides même. Nous avions cette certitude commune que quelque chose pouvait exister, au-delà, que notre monde ne s’arrêtait pas à ces remparts nébuleux. L’on nous a traités de fous, et pire : de profanateurs. C’est peut-être vrai, après tout. Ne sommes-nous pas venus fouler la Dernière Terre ? Celle où nous dispersons les cendres de nos morts, et celle où ils peuvent renaître à force de paix, de silence, et d’oubli ? C’est ce que nous avons fait, et j’apprends aujourd’hui que le sacré se venge des impudents.

     Je sens les mouvements de mes compagnons raidir la corde. Nelead marche au-devant de moi. Lui si grand, si orgueilleux, je l’aperçois, il se recroqueville d’instant en instant. Il ne me parle plus. Ni à personne. J’aime tellement sa conversation pourtant. Son rire est fort et a retenti bien des soirs sous le toit de ma chaumière. Mais Nelead a cessé de rire bien avant de perdre la parole et d’ainsi me priver de la dernière étincelle de lumière dans ce tourment sans trêve. Alors j’écoute chanter Akil derrière moi. Il ne fait plus que cela. Mais je n’y trouve aucun réconfort. Sa belle voix grave et satinée des hommes de tranh s’est diluée dans le néant humide qui nous entoure. Sa bouche émet des notes incohérentes, rêches, glaçantes. Je reconnais cependant une berceuse en langue merehdiane, sublime legs descendu des Hautes-Blanches dont on nous enseigne qu’elle est mère de notre idiome des Basses-Terres. J’en connais des rudiments dont je ne suis pas peu fier. Même si aujourd’hui je préfèrerais les oublier pour ne rien comprendre de la litanie de mon compagnon, car elle me ramène au plus profond de ma désolation. Akil a laissé un fils de quatre neiges derrière lui. Il est le seul de notre groupe à être père. Si nous avions su ce qui nous attendait, je ne l’aurais jamais laissé nous accompagner. Nous n’avions pas tant à perdre. Nelead, Rell et moi-même sommes seuls. Mais Akil pensait, comme nous, que nous ne pouvions nous satisfaire de nescience. Ou ce que nous considérions comme telle. Que n’ai-je su comprendre que le silence ne dissimulait que le silence ! Quelle folie arrogante de me penser plus clairvoyant que mes contemporains et mes pères ! À présent nous errons sur la Dernière Terre où tout n’est qu’absence et larmes vides et je meurs de regrets.

     Mon Agrevie, mon sol, mon ciel ! Pourtant nous avons fait demi-tour il y a tant de temps ! Une fois les derniers soubresauts d’orgueil jugulés par l’évidence, nous nous en sommes retournés vers toi, je te le jure ! Et depuis nous ne cessons d’escalader ces lames de roche qui nous punissent par le sang et l’épuisement. Cette ouate sans lueur nous égare, se rit de nous. Comme elle a raison ! Rien ne viendra nous délivrer. Je l’ai d’abord craint, puis espéré jusqu’à l’obsession : un grondement sorti du néant, quelque bête affamée tentée par nos chairs épuisées, peu m’importe ! J’accueillerai la mort avec bonheur quelle que sera sa forme ! J’ai pensé à utiliser ma propre lame. J’y pense encore. Mais je pourrais manquer mon geste, et j’ai peur d’une longue agonie. Belle ironie, vraiment ! Mon âme souffre à perdre la raison, nous sommes devenus des ombres et je recèle toujours assez de veulerie pour continuer à avancer. Quand je croyais pouvoir encore trouver le chemin vers la lumière, je me faisais la promesse de vivre avec un appétit tellement plus grand, de ne plus laisser mon existence s’égrener entre mes doigts au gré d’un seul instant de paresse ou de découragement. Cette promesse s’est dissoute il y a une éternité. Demeure un souhait : mourir sans bassesse. Et mourir dans les bras d’un ami. Ils sont tout ce qu’il reste. Lorsque nous tombons de fatigue, c’est serrés les uns contre les autres, nous qui avons toujours eu trop de pudeur pour mettre des mots et des gestes sur notre amitié.

     Nelead s’est arrêté. Nous l’imitons en silence. Sauf Akil, qui chante toujours. Nelead se tourne vers moi avec lenteur. Il a l’air lucide. Enfin, je crois… Je ne suis pas certain de savoir encore reconnaître un homme lucide, en réalité. Mais il me regarde avec beaucoup d’intensité, j’ai la sensation qu’il me lit dans l’âme. C’est idiot. Peut-être va-t-il me parler ? Je voudrais tant entendre sa voix. Mais au lieu de cela, je le vois défaire le lien de corde à son poignet. Il observe les meurtrissures causées par le chanvre sur sa peau avec une expression curieuse. Je le vois sourire. Un sourire paisible, rassurant. Il a des yeux magnifiques. Je les discerne dans la semi-obscurité. Ils sont grands, verts, ils me font penser aux lacs de notre région, ceux où nous allions nous baigner à la saison douce. Il m’offre un regard qui pose un baume sur mon coeur. Puis il descend les rochers aiguisés jusqu’à Akil. Alors j’entends sa voix, enfin. Il ordonne à Akil de se taire et Akil se tait.

     « Je n’irai pas plus loin », ajoute Nelead.

     Personne ne répond. Nous le dévisageons tous trois, hébétés. Il s’assied sur la roche malaisée et fixe le mur opaque devant lui. Tout autour de lui. Il ne fera pas un pas de plus, je le sais et je crois que je comprends. Je vois Rell se détacher à son tour et aller le rejoindre. J’ai envie de faire de même. Je suis épuisé. J’ai froid. Je n’ai rien avalé depuis… Je ne sais plus. Il n’y a plus que nos vêtements détrempés de brouillard dont nous essorons l’eau pour nous désaltérer goutte à goutte. Cela suffit. S’ils renoncent alors je renonce. Je vais rester là avec eux et nous allons nous laisser mourir et oublier que nous mourons d’avoir simplement été curieux. Je défais mon lien mais la main d’Akil agrippe soudain mon poignet. Je distingue ses larges yeux noirs et ses longs cheveux, noirs également, collés aux angles de son visage. Je l’entends haleter. Pleurer peut-être. Mes yeux aussi sont fatigués à force de scruter l’impénétrable manteau dont nous sommes encerclés.

     « Il faut continuer Neygid », me supplie-t-il.
     Son palais rechigne à la juste prononciation de mon nom. Ce dernier n’a jamais fait bon ménage avec son fort accent merehdian. Je me demande pourquoi cette pensée me vient en tête alors que mon ami est là, suspendu à mon bras et m’implore. J’essaie de lui répondre, mais d’abord mes lèvres et ma langue sont engourdies tant mon dernier mot prononcé remonte à des âges entiers. Je persévère et finis par extirper de ma bouche des paroles que j’entends presque inarticulées.

     « C’est fini Akil, nous sommes perdus.

     — Non ! Non ! » crie Akil.
     La pesanteur du brouillard ne permet même pas à sa voix de résonner. Elle se heurte à l’intangible muraille et demeure sourde.
     « Je ne peux pas arrêter ! Je ne peux pas mourir ici comme un chien !

     — Tu mourras tout de même. »

     C’est la voix de Rell mais c’est comme écouter un étranger.

     « Non ! »

     Cette fois, Akil pleure, j’en suis sûr.

     « Nous n’avons pas marché tout ce temps pour n’arriver nulle part à la fin ! Nous n’avons cessé de grimper depuis des jours et des jours ! La surface ne peut plus être loin, il faut continuer !

     — Quelle surface ? » hurle soudain Nelead.

     Il bondit du rocher où il était assis et se rue sur Akil. Son pied glisse sur la pierre humide, il amortit sa lourde chute avec ses mains et quand il se relève, je crois voir du sang sur ses doigts. Il se jette sur Akil et le renverse au milieu des reliefs affilés. C’est à peine si Rell se retourne. Il reste assis, il ne fera rien. Pourtant Nelead a passé ses mains autour de la gorge d’Akil et je l’entends grogner, souffler entre ses dents tandis qu’il serre et s’acharne. Akil ne se débat pas, il n’en a sûrement pas la force. Il laisse Nelead étouffer ses sanglots.

     Je les regarde et je pense à la berceuse merehdiane. Je me souviens de la nuit où le fils d’Akil est né. Il avait quinze hivers à ce moment-là et la raison pour laquelle je m’en souviens si nettement c’est que j’avais été saisi par l’expression sur son visage face à l’enfant posé dans ses bras. Un émerveillement candide se mêlait à une maturité tout neuve. Le regard dont il couvait son héritier avait tout de celui d’un homme prêt à mourir pour lui.
     Alors je rassemble ma dernière flamme, ma dernière volonté et je frappe Nelead à la tête. Mon ami dirige sa fureur, non, sa détresse, sur moi. C’est moi qu’il empoigne à présent. Je ne peux pas lui en vouloir. J’ai juste le temps de conjurer Akil de nous abandonner et chercher cette surface à laquelle nous n’avons pas le droit de le laisser renoncer. Si cela peut racheter notre si terrible faute d’avoir consenti à ce qu’il quitte notre monde…

     Il comprend mon geste. Il disparaît dans la brume. Rell est toujours là, près de nous, il tourne le dos à mes râles d’asphyxie. Je plonge mes yeux dans ceux de Nelead. Les si beaux yeux du meilleur ami que j’aie jamais eu. Je voudrais le lui dire. Combien tu as compté, combien notre lien m’est précieux. Combien je te pardonne, Nelead. Tu exauces mon dernier désir, car à défaut de mourir dans tes bras, je mourrai de ta main et en cet instant, je ne fais plus la différence. Ce rictus hystérique qui te défigure, il se fond en un doux sourire à mesure que ma vision se trouble. C’est presque la fin.

     Mon crâne me pèse comme du granit. Je ne respire plus. Les brumes se dissipent.
     Enfin.

     Je te pardonne Nelead…



     Mon Agrevie.



*



Si tu sais entrevoir la paix sous l’amer

Si au coeur ton coeur ne se glace

Parce qu’elle rage en bourrasques de fi n des temps

Si tu entends les soupirs par-delà la hurlante

Elle s’épuisera en ses propres furies

Elle est telle qu’elle fut faite

Bercée de neige et de glace

Amène et âcre

Merehde


Tu me viens du fin fond du monde

Frêle statue de givre, pérennité sans nom

Ton aurore lui ressemble

Bourrasque de fin des temps

Et ton cri l’emporte sur les siens

Et tu l’emportes sur moi

Tu m’attaches à la neige et la glace

À l’amène et à l’âcre

Enfant


Mon visage en offrande à tes serres

Le gel et la terre de ton sein pour crevasser mes paumes

Tes lames bleues pour fendre mes lèvres

Tes gifles sifflantes pour que pleure l’adversaire couleur de mes yeux

Prends mon tribut de fièvre et d’obscurité

Mes racines, mes vérités, mes désirs

Mêle-les de neige et de glace

D’amène et d’âcre

Merehde


Je t’apprendrai à entrevoir la paix sous l’amer

Te ferai connaître le parfum du sang, la saveur des larmes

Et je t’étreindrai contre ma poitrine

Et tu entendras battre l’amour en bourrasques de fin des temps

Tu seras tel que je te fis

D’ombre tes prunelles, de nuit tes cheveux

De neige la pureté de ton âme et de glace les langueurs de ton corps

Amène et âcre

Mon enfant de Merehde



Traduction de la berceuse merehdiane « Sasn’mereihde ni nölsteen »



***

 


                                                                         

 

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Published by Magali et Alexandre - dans Avancements du projet LDT
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commentaires

Alexandre 25/05/2008 01:07

Alexandre oui, mais pas le créateur. Si je reposte quelque chose ce sera donc sous mon pseudo Nysakean. Ca évitera les mélanges.

Je viens de voir aujourd'hui ce site. J'avais pour habitude de passer de temps en temps sur le site de magali mais les evenements on fait que mon dernier tour devait être dans les environs de fin 2007. J'ignorais donc ce projet et me prend la totalité dans la figure en un seul instant.
J'avoue que c'est une baffe assez agréable qui donne envie de tendre l'autre joue.

Il est facile de demander plus mais précipitation n'étant pas gage de qualité on sera attendre.

Par contre j'avoue que pour les bisous j'aurais bien été tenté de les donner une fois l'habit de bénédictine enfilé. Juste avant que Magalie ne se mette a en porter les principes attachés.
La politesse étant grillé au premier commentaire je me contenterais de ce que je peux imaginer et non je fais pas de dessins.

Mag 28/03/2008 20:37

Parfois le silence peut s'avérer un magnifique compliment. Alors le tiens me va droit au coeur ^^
Merciiiiii

Steph 28/03/2008 20:20

je ne sais pas quoi dire, alors je dirai juste : wahou.....
*grands yeux ébahis qui voudraient bien en lire davantage*

Kaliom Lud 28/03/2008 17:15

C'est un très bon prologue, très mystérieux, qui laisse le lecteur avec pleins de questions... Vivement que ça soit possible de lire la suite !!!!

"Reghia de Tilh" !!! Depuis le temps que je vote pour elle !!!! Mais l'attente est superbement récompensée ! :-)

Merci beaucoup à vous deux ! Pleins de bisous !!!

Tatooa 28/03/2008 16:43

Rolala... Supplice tantalesque...
Mais bon, histoire que tu te fasses pas bénédictine, je vous envoie plein de bisouuuuuuuuuuus bien mérité pour ce beau cadeau ! Merciiiiii !